Coup de projecteur sur Marie Poschmann – costumière de Locksley

Comment en êtes-vous arrivée à participer au projet « Locksley » ?

(c) Serge KleinC’était en 2008, je faisais partie du groupe « Equinoxe » en tant que choriste, comme une bonne partie des acteurs de Locksley. Après un concert, Rémi Delekta est venu me trouver, l’air sournois: il m’a présenté les choses ainsi: « Dis, si on montait une comédie musicale sur le thème de Robin des Bois, ça te dirait de faire les costumes? Mais faut le dire à personne encore, c’est pas sûr, hein? ».

Cette proposition farfelue, impromptue et originale m’a tout de suite plu! J’ai accepté immédiatement!

Quels étaient vos liens avec les membres de l’équipe?

Je connaissais Rémi Delekta, François-Xavier Borsi, Laurence Thil-Borsi et beaucoup d’autres depuis mes débuts de choriste à Equinoxe en 2000. Nous avons grandi ensemble et aujourd’hui je les considère comme de vrais amis. En travaillant de concert pour ce projet pharaonique, une vraie confiance s’est nouée, basée sur de l’écoute, du respect, et beaucoup, beaucoup de travail en commun.

Comment avez vous plongé dans la création concrète?

Au départ, Rémi m’a envoyé la première mouture du livret, et j’ai pu me familiariser avec son intrigue étonnante qui n’était pas anodine: elle proposait des personnages dont les différentes facettes psychologiques nécessitaient d’être prises en compte pour la création de leurs enveloppes visuelles.

Rémi m’a aussi prêté tout un tas de DVD sur le thème des croisades, de l’époque médiévale, et notamment toutes les versions de Robin des Bois déjà existantes, afin que je puisse puiser quelques idées de costumes, me renseigner sur tout ce qui a déjà été fait sur le sujet, et commencer à trouver une cohérence visuelle globale qui reflète bien l’esprit de Locksley Il m’a également offert des livres sur cette époque, et notamment Aliénor d’Aquitaine de Régine Pernoux, qui m’a beaucoup aidé.

Comment s’est passé le travail de conception des costumes?

J’ai dessiné plusieurs esquisses des costumes, que j’ai soumises au metteur en scène, afin que nous tombions d’accord sur ce que ça impliquait, en termes de jeu de scène, de symboles, et que ça reflète l’esprit du personnage qu’il construisait avec lui. De nombreuses modifications ont été nécessaires avant de parvenir à un dessin qui satisfasse tout le monde: les croquis définitifs ont été faits en avril 2010.

Les thématiques des couleurs m’ont été laissées libres, mais elles ne sont pas anodines.

Elles sont pensées pour former des tableaux, des harmonies de couleurs. Par exemple, les proscrits ont des costumes dont la gamme de couleurs s’organise en fonction de leurs placements sur scène.

Quant aux personnages royaux, Richard porte le Rouge, la couleur la plus ancienne, symbolisant force, vie, énergie, et pouvoir. Le Prince est quant à lui en bleu (la couleur de la France, de la sagesse, de la liberté, de la justice.) Ce personnage n’était pas simple à habiller, car il est fortement controversé, mais dans cette histoire, il revêt un rôle important: c’est lui qui est à l’origine de la Magna Carta, version médiévale de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen que nous connaissons bien.

La Reine, mon personnage préféré, est vêtue de pourpre violette, qui est une synthèse du bleu et du rouge (Prince Jean et Richard). Elle représente l’équilibre, la tempérance, le courage d’une mère qui se bat pour ses fils tout en gardant la préférence pour l’ainé…

Quant à notre héros, Robin, il se devait de porter un habit sombre qui reflète ses démons intérieurs. Le design de son habit est celui d’un guerrier, d’un Noble courageux et fier, mais il est le seul à briller par le Noir… qu’il transcende littéralement! Pour moi, c’est le côté sombre de ce personnage contrasté qui fait tout son charme et toute son originalité.

Quelle était votre expérience dans le travail de costumière?

(c) Serge KleinJ’avais chanté et travaillé pour le groupe vocal Equinoxe dans mes jeunes années, en 2001 pour les costumes des danseuses de la reprise de Notre Dame de Paris par Didier Gendt, puis en 2004 pour « Les Amants de Vérone », inspiré de « Roméo et Juliette », où j’ai confectionné les 40 costumes des chanteurs incarnant les troupes des familles Capulet et Montaigu.

J’ai également créé une autoentreprise en 2009 et je créais des costumes, bijoux, accessoires d’inspiration médiévale. J’ai toujours été fascinée par cette époque, et c’est aussi pour cela que j’ai trouvé autant de satisfaction dans cette aventure. Mettre mes aiguilles au service de cette création musicale a été une réelle chance, un bonheur de chaque instant!

Comment faire pour que le costume colle à la peau aux chanteurs, et ainsi aux personnages qu’ils incarnent?

Lors de la mise au travail concrète, j’ai mis l’accent sur l’importance du personnage que chacun des acteurs a pris soin de faire naitre en lui.

Pendant la prise de mesures (car tous les costumes sont faits sur mesure), j’ai dessiné les costumes directement avec les chanteurs, à partir des croquis que j’avais fait. Pour les proscrits, on a choisi les couleurs, les longueurs, les ampleurs. Il fallait tenir compte des mouvements qu’ils avaient à accomplir, de leur aisance à endosser cet habit, de leur bien être personnel, et surtout des différents changements de costumes d’une scène à l’autre. Certains temps de pause sont très courts et il a fallu trouver des astuces afin que certains puissent se changer très rapidement.

Effectivement, tout est fait… Mais les retouches sont constantes: les entrejambes qui craquent en combat, les traines sur lesquelles on marche… Il m’arrive de déplacer une portion d’atelier dans ma valise afin de pouvoir coudre sur place, et réparer immédiatement les blessures de guerre des costumes! Il a aussi fallu refaire quelques costumes qui fatiguaient: au départ, on n’avait pas prévu une telle tournée! Et à chaque concert, je repère quelques améliorations que je pourrais apporter à l’une ou l’autre pièce.

Par ailleurs, lorsque je suis présente aux spectacles, j’aide les acteurs à se changer, je leurs apporte leurs accessoires, et je mets la main à la pâte: c’est ça, un travail d’équipe!

(c) Serge Klein